Beret noir et foulards blancs

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Argentine - Buenos Aires
de Chloé, le 14-02-2008

Beret noir et foulards blancs

Hier journée tranquille dans le quartier de Recoleta, surtout célèbre pour son cimetière, sorte de Père-Lachaise argentin. Comme tout ce qui est considéré comme ancien en Argentine l'âge du lieu est très relatif : à peine deux siècles.
Je m'y promène un peu, le temps de voir les monuments à quelques présidents argentins, toujours d'un patriotisme vibrant, mais dans l'ensemble ce n'est pas bien passionnant. Il faut dire que côté "tombe de star" alors qu'au Père Lachaise on a Jim Morrison, ici ils ont Eva Peron. Et ca me parle tout de suite beaucoup moins...Intéressant quand même l'arrêt sur la tombe d'Evita, surtout pour les réactions des gens qui s'y rendent : par exemple au moment où j'y passe une mamie se met à pleurer d'émotion parce qu'elle peut "enfin y déposer une fleur"...
Il faudra que je prenne le temps de vous parler du péronisme un de ces jours : j'ai bien fait mes devoirs de vacances (avec notamment lecture de l'autobiographie d'Evita herself, en castellano mar plij !) et je commence à comprendre vaguement de quoi il s'agit.
Le reste du quartier est agréable mais pas très dépaysant non plus : à la terrasse d'un café, au moment même où je me disais qu'avec ces reverbères, les arbres et les petites tables ca aurait pu être Montmartre, l'accordéoniste dans le parc à côté s'est mis à jouer un medley d'Edith Piaf...
Le soir c'est l'asado de l'auberge avec une énorme tablée de 40 personnes et de la viande que je trouve meilleure qu'à Rosario (peut être parce qu'elle n'est pas, comme c'est le cas normalement en Argentine, archi-cuite). Le vin par contre est une piquette infame, je ne risque pas d'en consommer avec excès ! Un verre quand même pour trinquer...qui suffira à me rendre malade comme la moitié de l'auberge ! Bonne soirée quand et pleine de bonnes résolutions je me couche à 23h30. Résolution inutile : musique à fond toute la nuit et effet de la piquette (bouffée de chaleur et tremblements) je dors très mal et me réveille encore tard.

Aujourd'hui, aprés quelques activités sans intérêt (lessive, achat d'un colis, reservation de billets...) je me rends pour 15h à la place de Mai qui, située au pied de leur palais présidentiel (la "casa rosada"), est le lieu de nombreuses manifestations et rassemblements publics. Par exemple en ce moment et au moins depuis mon premier jour en Argentine, un campement militant y est installé pour une histoire de Casino à laquelle je n'ai toujours rien compris malgré mes efforts. Mais aujourd'hui jeudi 15h je ne viens pas pour eux mais pour assister á la manifestation hebdomadaire des célébres "Méres de la Place de Mai".
Il s'agit d'un mouvement lancé en 1977 par les méres des opposants politiques disparus pendant la dictature militaire (ou "guerre sale") entre 1976 et 1983. Et depuis le 30 avril 1977, alors que la dictature commencait á peine, elles (et quelques "ils") tournent autour d'une statue sur la place chaque semaine á la même heure. L'enjeu était d'abord, pendant la dictature, d'alerter l'opinion sur les enlevements dont étaient victimes de nombreux jeunes militants et leurs enfants ; depuis elles réclament la vérité sur ce qui est arrivé à leurs enfants et petits-enfants et la punition des coupables.
Je vois d'abord leur stand oú elles vendent différents ouvrages et gadgets (pins, tee-shirts, cartes postales...), j'y fais quelques achats mais ne reste pas vraiment discuter : certains touristes n'ont aucune idée de ce dont il s'agit et je ne veux pas leur prendre du temps inutilement.
Je flane ensuite sur la place tandis que les touristes s'y accumulent, appareils photos á la main, prèts á mitrailler ces trés photogéniques mamies.
A 15h30 elles s'alignent, leurs foulards blancs sur la tête (leur symbole : a l'origine les couches de leurs enfants aujourd'hui des tissus brodés de slogans), derriére une banderole qui réclame "Partage des richesses maintenant !" suivies par des gens plus jeunes qui portent des drapeaux. Elles marchent tranquillement, précédées comme des stars par les touristes qui les mitraillent (la vérité on dirait le festival de Cannes !)
Quelques minutes plus tard passe un autre groupe, beaucoup plus réduit : elles portent les mêmes foulards mais au lieu des slogans des autres elles portent des photos de leurs enfants.
Je pose la question á une femme sur un autre stand sur lequel j'étais passée aussi, elles ne vendaient pas tout á fait les mëmes choses mais je n'y avais pas fait plus que ca attention. Elle me dit qu'il s'agit en effet de deux groupes différents issus d'une scission du mouvement en 1986, "les deux partagent les mëmes objectifs mais n'ont pas les mëmes méthodes". Ca sent l'euphemisme poli à plein nez, je n'insiste pas.
Une demi-heure plus tard le premier groupe s'arrête et s'aligne derriére la banderole prés de leur stand, un homme d'une trentaine d'années passe avec ses enfants dans les bras et les embrasse une par une, il annonce ensuite á la cantonade qu'il est chilien et fils de disparus et qu'elles sont un exemple pour l'humanité. Séquence émotion
Quelques minutes plus tard le second groupe qui tourne encore passe devant le premier sans un sourire ou un regard. Malaise.
En rentrant à l'hotel, Wikipedia me confirme ce que j'avais cru comprendre : sur la place cet aprés-midi le premier groupe était celui de "L'association de méres de la Place de Mai" celles dont je vous parlais la derniére fois (projet des viviendas et prise de possession d'un centre de détention). Elles ont repris le flambeau des idées soutenues par leurs enfants et sont aujourd'hui une puissante organisation d'extrême gauche qui prone la révolution et l'anti-imperialisme, avec plus ou moins comme modèle la revolution cubaine. Concernant leurs enfants elles ont refusé les indemnités gouvernementales tant que l'état ne reconnait pas ses crimes et que les coupables ne sont pas punis.
Le second groupe, les "Méres de la place de mai, ligne fondatrice" se "limitent" á apporter une aide juridique aux parents ou grands-parents qui recherchent leurs disparus notamment pour identifier les corps et trainer les responsables devant la justice. Pas étonnant qu'elles drainent derriére elles un public moins jeune.
Pour la fin de ma journée je fais un tour au centre culturel Borges, situé au premier étage du vaste centre commercial "Galerias Pacifico" (les Galeries Lafayette porteñas : Chanel, Dior et des pubs sur les écrans pour des...jets privés). L'exposition du moment est consacré á René Burri, un photographe suisse qui a notamment photographié les guerres de Corée, du Vietnam et la révolution cubaine. Affiche de l'expo sa célébre série de photo du Che avec son cigare, presque aussi célébre que celles au béret.
Trés belles photos et climatisation : l'idéal aprés deux heures en plein soleil sur la place de mai.

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Commentaires sur cet article
roger
bonjour Chloé
les dames de la place de mai, on les appelle bien "las locas de la plaza de Mayo", non?
à part ça, sais-tu que les émigrants nommés Canton ont dû essaimer dans divers pays: Argentine, Uruguay, Paraguay et même les USA au gré des places de bergers qu'ils pouvaient trouver, car agriculteurs (au moins les hommes) c'est la seule qualification qu'ils avaient mais je crois que d'autres (tel ton arrière grand père Martin ) voulait retrouvée l'être aimée qui venant de Labastide avait trouvé une place de bonne à la Nouvelle Orléans, et ça Martin le savait en quittant la France. Pas fou le Martin, et en plus émigrer c'était aussi éviter le service militaire qu'il ne fit jamais, même si revenu marié et père de famille il revint en France en 1912, et ne put éviter la mobilisation en 1914.

Blessé à la main par une bayonnette, il fut démobilisé en 1917, aprés avoir été à Verdun quand même. La vérité oblige à dire que ton grand père, son fils Jean donc notre père, était persuadé qu'il se blessa lui-même pour échapper à la boucherie. Je te le disais pas fou le Martin!!
Hasta pronto!!
 

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