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Argentine - El Calafate
de Chloé, le 16-03-2008

Brrrr

Départ hier matin de Puerto Natales avec une demi-heure de retard pour cause de panne de moteur. Je fais le trajet auberge-arrêt du car (et reciproquement à l'arrivée) avec Sarah, une turque d'Ankara à qui je sers d'interprete.
Pas grand chose à signaler sur le trajet à part deux nouveaux tampons sur mon passeport et l'inquiétude qu'il finisse par être plein avant la fin et mon premier film avec Steven Seagall, l'autre Chuck Norris : je n'en ai vu que de courts extraits entre deux siestes mais c'est enorme, les dialogues ressemblent à un sketch des Inconnus " You're fuckin' gonna fuckin' die you mother fuckin' son of a bitch ! I'm gonna fuckin' shoot you with this fuckin' gun !" (veridique) ca ca veut dire que le monsieur il est pas content !
A El Calafate pas grand chose à faire mais c'était prévu, du coup journée glande dans les boutiques couvertes de rondins de bois et café-chocolat en terrasse et sous le soleil. On va pas se laisser abattre non plus !
Et dans la soirée je suis accostée par un groupe de quatre israeliens qui cherchent l'ultime co-locataire pour une voiture vers le Perito Moreno, LE glacier sud-américain . Je suis pas rancunière et l'économie de temps et d'argent est trop tentante, j'accepte. Une turque et quatre israeliens dans la même journée j'ai le dos qui me picote, ca doit être les ailes qui poussent...

Aujourd'hui rendez-vous à 6h30 avec quatre inconnus israeliens donc. Réveil à 6 h (avec une branche de laurier dans la bouche) et je suis prete à l'heure. Sauf qu'apparemment une colombe c'est blonde : il n'est que 5h30 j'avais oublié le changement d'horaire...
Me vlà donc à poireauter une heure ce qui me permet de me mettre dans la poche la fille de l'auberge emmerdée par un mec qui parle pas un mot d'espagnol et veut aller reveiller ses potes (s'est trompé d'heure aussi lui).
A 6h35 mes compères du jour passent me prendre, 5 minutes plus tard je dors et une heure et demie encore plus tard on arrive au parc avant 8 heures du coup et on ne paye pas l'entrée. On voit alors
le glacier et c'est la deception : "mais il est tout petit !" Ah oui mais on est encore à 3 kilomètres en fait...
Quand on arrive au parking en haut des passerelles de la balade il y a trois voitures sur le parking, on va être peinards. Et effectivement le glacier est grand et beau.
Le jour est levé mais pas le soleil, les premiers rayons, même cachés par les nuages ce sera pour nous presque tous seuls ! La glace est encore bleu fluo mais maintenant je sais pourquoi. Voyez vous tout est une question de compactitude : quand la glace est normalement compactée il s'y forme des bulles d'air dans lesquelles s'infiltrent les rayons de grande longueur d'onde de la lumière blanche; en revanche quand elle est très compacte comme celle d'un glacier multi-millénaire elle ne laisse passer que les rayons de courte longueur d'onde, la lumière bleue (merci le mini-traité de glaciologie de mon Lonely Planet). C'était la minute scientifique necessaire.
Un dégradé du bleu au blanc encore très impressionnant donc. Mais le plus frappant c'est le bruit : le glacier crépite doucement en permanence et de temps en temps on entend un gros crac suivi d'un grondement étonnament disproportionnés par rapport aux petits morceaux qu'on voit tomber, Autre bizarrerie ca fait du bruit APRES la chute.
On ne descendra pas au plus près du glacier (la dernière passerelle est fermée pour travaux) mais on en prend quand même plein la vue, c'est incroyable comme le glacier change avec la moindre variation de lumière.
Vers 9h45 on remonte au parking et mes compères me plaisent de plus en plus : ils ont apporté du café et des gateaux ! Je pense avoir compris comment marche un israelien : le seuil de tolerance c'est 4 en fait. J'ai passé de très bons moments avec des groupes de un, trois et maintenant quatre mais à 5 ils font sécher leurs k-ways !
Pendant cette petite pause j'en apprends plus sur l'armée israelienne et on cause foot...et coup de tète de Zidane (grr). heureusement pour la paix internationale ils ont le bon goût de se souvenir de ceux de 98, il parait même qu'en Israël "to go Zidane" signifie sauter n'importe comment quand y a pas besoin et marquer de la tète. Etrange peuplade quand même...
Je sympathise en particulier avec notre chauffeur attitré : 28 ans, il ne sort pas de l'armée mais fait une pause entre son master et son doctorat, je sais pas s'il y a un lien de cause à effet mais il est beaucoup plus ouvert que ses camarades.
Après le café on redescend vers le glacier pour le voir cette fois sous le soleil et espérer voir des chutes de gros bouts de glace.
On en voit encore deux ou trois petits puis deux plus gros au moment où un bateau plein de touriste est en vue, on en conclue qu'ils ont un système pour les déclencher et on cherche à notre tour un moyen de faire basculer les deux énormes morceaux qui nous narguent (lancer un zippo allumé ? un bout de bois ? des gens ? une bombe ?).
L'attente se prolonge et nous plonge dans des reflexions metaphysiques et des débats existentiels. Entre moi et moi-même d'abord : comment ca se fait qu'une telle quantité de glace et de l'eau liquide puissent cohabiter ? Je veux bien pour l'eau salée mais là l'eau est douce alors pourquoi y a pas ou la glace qui fond ou l'eau qui givre ? J'aurais ptet pas du faire ES moi...
Le second débat lieu au moment où je délire avec mon nouveau pote israelien sur le thème "On a pas de video de chutes de tonnes de glace, remboursez nos invitations !". Le quebecois à côté, avec qui on a bien ri par ailleurs, nous gratifie d'un très profond "C'est la vie ca ne se rembourse pas, même si les assurances-vie essayent de nous faire croire le contraire ce ne sont que ceux qui restent qui touche quelque chose, la vie ne se rembourse pas". J'allais le remercier d'être venu mais mon chauffeur lui, est plus pertinent "Oui mais c'est pareil pour tout : si tu te fais rembourser une chaussette c'est pas la chaussette qui touche l'argent". Bon ptet' moi je raconte mal ou ptet' c'est lui qui sait raconter, n'empeche que ca me vaut un bon gros fou-rire des familles (avec larmes en torrents et cris d'otarie) sous les yeux ebahis des centaines de touristes arrivés entre temps.
Après ca on abandonne (après quatre heures face au glacier quand même) : ca commence à cailler et si même mes ultras-sons ne font pas bouger la glace il n'y plus d'espoir !
On doit encore se frayer un chemin parmi tous ces gens pour remonter, c'était vraiment le bon plan d'arriver si tôt : sur le parking on compte 11 cars et 5 minibus + des voitures.
Juste avant de prendre la voiture je reste fixée sur des oiseaux : quatre vrais Woody Woodpecker ! Une crete rouge, un long bec qui pillonne les troncs d'arbre et le même cri, parole c'est lui (vidéo un jour promis). C'est la conclusion d'une super matinée, je suis ravie. Et maintenant retour à Calafate pour une apres-midi cyber cafés pour tenter de décharger les 175 photos du jour...


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