Dernière nuit dans la ville qui ne dort jamais et justement je ne dors pas puisque j'ai un car assez tôt le lendemain. Ça me laisse le temps de faire mon sac et ma valise (achetée plus tôt dans la journée) au milieu d'un couloir puisque mes colocataires dormant déjà (ou encore) quand je rentre vers 22h. Un peu plus tard, sortie prendre l'air dans la cour de l'hôtel je tomberai nez à nez avec un Canard enchaîné dans la main d'un français qui s'avèrera être aussi...un brestois ! On parle un peu de son séjour à New York qui commence à peine, du mien qui se termine déjà, de la France et de Brest. pas de doute c'est un signe la terre-quasi-natale m'appelle ! Il repart avec mes billets pour des musées inclus dans mon pass et que je n'ai pas utilisés et je garde son canard qui me fera le reste de la nuit.
C'est tôt que j'arrive à la gare routière de New York où il faut que je commence par échanger mes billets électroniques contre des vrais. Quand c'est fait il me reste une heure et demie et je laisserai bien mes kilos de bagages à la consigne pour me balader tranquille dans la galerie marchande mais voilà, la consigne c'est prévu pour 24 heures et c'est super cher. Le type qui la tient ne veut même pas prendre mes bagages pour cette durée là c'est donc hyper chargée et avec une valise qui ne reste pas debout (j'ai pas vu que je pouvais enclencher une cale...) que je dois me débrouiller pour trouver un café et un truc à grignoter. Je finis par y arriver après bien des efforts et j'ai à peine le temps de me brûler la bouche et d'avaler mon Bagel que c'est l'heure de descendre à la voie de mon car.
C'est un car hyper basique sans grand confort mais ça m'ira bien pour quelques heures de sommeil. Le chauffeur multiplie les petites blagues et les commentaires "funny" sur le paysage et l'actu américaine, je comprendrai pourquoi plus tard : on est invités à envoyer un petit coupon fourni à la compagnie pour dire qu'il nous a plu si son show a été assez performant.
Petit stop de 40 minutes sur un parking de supermarché d'Albany, essentiellement pour que le dit chauffeur puisse manger et ce sera le seul à part, un peu plus tard, celui au poste frontière.
Et là c'est encore le drame ! Arrivée à la douane, on me demande mes papiers et mon billet de sortie du territoire, pas de problème j'ai toujours une version imprimée de mon billet électronique depuis Lima. Ah oui mais ça c'était avant de récupérer mon billet de car à la gare de New York et de jeter ma réservation...et ce billet.
J'explique au douanier avec mon sourire le plus gentil et mignon ce qui s'est passé et le gag commence.
"Lui : Vous voyagez avec quelle compagnie ?
Moi : Euh c'est à dire que...
Lui : Vous savez pas avec quelle compagnie vous prenez l'avion ?
Moi : Ben en fait je l'ai acheté via un comparateur de prix alors je suis plus très sure...Corsair ! C'est Corsair !
Lui : Et pourquoi vous avez un passeport comme ça ?
Moi : Ben j'ai perdu le mien en Argentine donc le consulat m'en a fait un d'urgence.
Lui : Et vous avez fait comment pour passer au Brésil ?
Moi :Pardon ?
Lui : Ben oui vous foutez pas de moi ! Buenos Aires c'est au Brésil !"
A ce moment précis ça réfléchis très vite dans ma tête "si je lui dis qu'il se trompe je le traite grosso modo de gros con mais si je le laisse dire je le laisse aussi me traiter grosso modo de dangereuse-hors-la-loi-passeuse-de-frontières-et-peut-être-même-de drogue. Je pourrais pleurer en battant des cils peut être ?" mais heureusement il se reprend (enfin un peu)
"Lui : Ah non autant pour moi y en a un Buenos Aires aussi en Argentine, j'ai du confondre avec...vous savez là où il y a le carnaval ?
Moi (perplexe) : Rio de Janeiro ?
Lui : C'est ça ! Et c'est quoi tous ces visas ? Pourquoi vous êtes allée dans tous ces pays ?
Moi : Pour faire du tourisme
Lui : Du tourisme ? Drôle d'idée...Et vous allez faire quoi au Canada ?
Moi (voix-enfantine-sourire-mignon-et-violons-dans-la-voix) : Je vais voir un cousin, vous comprenez il se marie dans deux semaines et je pourrai pas être là alors je lui rends une petite visite parce que je ne l'ai pas vu depuis longtemps et comme çà je vais rencontrer sa future femme.
Lui : Et il fait quoi au Canada ?
Moi (option maintenant-tu-m'emmerdes-je-vais-pas-chez-un-dealer-ou-un-passeur-de-clandestins-et-je-vais-te-la-mettre-dans-les-dents-la-respectable-et-légale-profession-de-mon-cousin') : Il est prof d'économie à l'université d'Ottawa
Lui : Et il épouse une canadienne ?
Moi : Oui
Lui : Pourquoi ?
Moi (garde ton calme ne le traite pas d'abruti, garde ton calme ne le traite pas d'abruti): Euh...ben pourquoi pas ?
Lui : Bon vous allez passer dans le bureau à côté avec mes collègues"
Alleluiah ! Mettez moi des menottes s'il faut ! Mettez moi en cellule ! Mais libérez moi de cet abrutiiii....Je vais m'asseoir sagement dans la salle d'attente qu'il m'indique, continuant à vérifier dans mes poches si ce p... de papier n'y serait pas caché et suis soulagée que d'autres passagers me rejoignent ce qui fait que je ne suis plus la seule à faire attendre le bus. Bientôt on m'appelle au guichet et j'explique l'histoire à la gentille dame toute calme et tout sourire. Elle me demande nom et adresse de mon hôte (ouf j'avais noté l'adresse sur consigne de Joan au cas où on ne se trouverait pas à la gare de Montréal) et elle me pose plein de questions tandis qu'elle essaye de joindre Corsair pour se faire confirmer que je suis bien prévue sur un vol le lundi suivant : "vous faites quoi en France ? Vous avez des amis ? Des parents ? Un petit copain ?" Là je me dis que les questions bizarres recommencent et ça doit se voir sur ma tête parce qu'elle éclate de rie "ça doit vous paraître bizarre"(oui justement puisque t'en parles...) "mais c'est pour savoir si vous avez des attaches en France et donc de bonnes raisons de ne pas rester illégalement sur le territoire canadien" Tout de suite c'est plus clair et son sourire me détend enfin. Je finis par récupérer un visa temporaire qui m'autorise à rester au Canada jusqu'à lundi pétante.
C'est le pays où je passerai le moins de temps mais la feuille A4 pliée et agrafée fait doubler mon passeport de volume...Pays sympa et cool qu'ils disaient !
On attend encore un peu les autres clandestins et on repart enfin. Voila le Québec et, le long de la route, ses panneaux de signalisation rédigés en Français...On arrive avec une heure de retard mais Joan, que je n'ai évidemment pas pu prévenir de notre retard, est là et en bon Canton il avait un bouquin dans son sac pour patienter...
C'est vraiment bizarre de voir une tête connue à l'arrivée et d'avoir quelqu'un pour porter un de mes nombreux bagages...
On ne traine pas et on prend le métro, puis le bus pour rentrer chez eux, où je m'éblouis d'être dans une vraie maison : ouah un chien qui nous saute dessus quand on arrive (ça c'est Bailey le chien de la famille) ! ouah une cuisine avec un nombre normal de casseroles ! ouah un salon ! ouah une bibliothèque ! ouah une salle de bain avec des produits dedans ! ouah un lit dans une chambre où y aura que moi ! Ouah un jardin !
La vie normale quoi...Ils ont soigné le scénario, y a même une fille qui rentre du travail !
La fille c'est Kirsten, la fiancée de mon cousin vénéré. Elle me plaît tout de suite et ça tombe bien parce que c'est pas tout ça mais moi j'ai un rapport à faire ! :)
Le dit cousin tient absolument à ce que je lui dise ce que je veux faire à Montreal et c'est un vrai problème parce que je n'ai aucune idée de ce qu'il y a à y faire. L'attraction ici c'est juste Joan et Kirsten, la ville je m'en fous et je suis bien décidée à ne rien décider et à me laisser imposer un programme. Visiter des trucs ça me va mais rester bouquiner at home ça me va aussi et Joan ça, ça le plonge dans un profond désarroi. Heureusement que Kirsten a compris le principe plus vite que lui ! Bon faut dire aussi qu'elle a pas le préalable "mais c'est ma petiteuh cousineuh et il faut que je l'occupe elle a oublié ses Barbies !"
Le programme de ces quelques jours sera quand même bien rempli. Vendredi Joan me fait enfourcher un vélo pour une balade dans Montréal en passant d'abord par un musée, qu'il a déjà visité souvent et où on se contente donc de monter en haut de la tour pour la chouette vue sur la ville et le St Laurent. On repart ensuite, jusqu'à la prestigieuse université anglophone McGill où on assiste au match de l'équipe de France de foot avec un copain français à lui. Au milieu d'un vrai campus avec des tas de bâtiments, ça se passe dans un salon réservé aux étudiants à partir du master (je suis dedans ils l'ont pas lu !) avec bois sombre et fauteuil dans lequel on est entrés après que Nicolas ait mis nos noms sur une liste comme "ses invités" . Dans le genre expérience culturelle nord-américaine ce serait très chouette si on était pas cernés d'anglais un peu trop connement anti-français (et Dieu sait si, pourtant je ne soutenais pas particulièrement ma patrie sur ce coup) du coup c'est juste chouette.
Dernière escale le Mont-Royal, vaste parc qui domine la ville où on se balade un peu le temps d'admirer un nouveau panorama toujours accompagné d'explications de mon guide très appliqué (ce qui ne signifie pas chiant en l'occurrence et en matière de guide croyez moi en 5 mois j'ai acquis une certaine expertise)
On rentre poser les vélos pour retourner dans le vieux Montreal manger dans un chouette resto, en tête à tête (où je suis invitée,c'est ça de collectionner les cousins apprentis-mandarins ! :) )
Encore deux jours entiers pour les expériences culturelles et pas des moindres puisque le samedi j'ai l'honneur d'être présente pour le jour de leurs "bachelor" et "bachelorette party" (comprendre : enterrement de vie de garçon et de jeune fille, pas émission de télé réalité destinée à trouver l'âme sœur), enfin surtout bachelorette of course ! Joan est cueilli quasiment au réveil et je passe la journée avec Kirsten, jouant en quelque sorte les soutiens psychologiques puisque la sienne ne commence que le soir et qu'elle a très peur des surprises préparées à son intention.
Du coup on se balade et on voit beaucoup de rugby : d'abord un match de ses copines du Rugby Club de Montréal où elle jouait jusqu'à l'année dernière puis, contrairement à toutes les règles, un match masculin où on rejoint ces messieurs ce qui me vaut le plaisir d'entendre un bon vieux "Puteingue mais tapeuh leuh congue" des familles (enfin de la mienne en l'occurrence puisque ça sort de la bouche de Joan). Et dans le genre happening, entendre cet accent là et seulement celui là au Québec il fallait y penser !
On finit par rentrer pour se préparer pour la soirée de Kirsten, toujours inquiète de ce qui se prépare. Je n'entrerai pas dans les détails de la soirée (c'est interdit par la loi) et vous dirai juste que la prof de danse du ventre qu'a fait venir Carla, la témouine au lieu du traditionnel (et tant redouté) strip-teaseur c'était une super idée, que pendant certains jeux j'étais bien contente d'avoir Stéphanie, la soeur de Kirsten pour se boucher les oreilles avec moi sur certaines indiscrétions ("LALALA je veux pas savoir ça sur mon grand cousin/ma petite soeur") et qu'ils ont réussi à m'emmener en boite et même à me faire presque danser et que deux fois en cinq mois c'est un record inégalé depuis...pfiou....
Le lendemain c'est avec un léger mal de crâne que nous nous réveillons, Stephanie, Marylin (belle soeur de Kirsten) qui ont dormi là, Kirsten, Bailey et moi pour aller prendre un super brunch à l'américaine dans un resto. Plus tard les filles repartiront chez elle tandis que nous on ira cherche à l'aéroport mon oncle Roger et Marie Claude qui débarquent de Bordeaux pour le mariage. Et on fait ça dans une super camionnette louée pour l'occasion par Kirsten et Joan qui permet à ce dernier de se prendre pour Mister T puisqu'il parait qu'elle ressemble à celle de "L'agence tous risques". S'il le dit je le crois, moi je peux pas juger j'étais trop jeune à cette époque et c'est mon cousin donc si je ne le contredis pas il a forcément raison...