Pour ma dernière journée en Argentine, j'avais le choix entre dégustation de vin ou tour dans les Andes. J'ai choisi la montagne et me voilà encore levée tôt (c'est un vraie métier routarde !) pour embarquer dans un minibus qui sera toute la journée dans une caravane de cars qui s'arrêtent tous au même endroit à la même heure. C'est le pire scénario moutonnier qu'on puisse imaginer mais il me faudra bien faire avec et les paysages aideront à rendre tout ça supportable. Notre guide est rigolote, elle fait toute jeune et fait des blagues pourries qui ne rencontrent pas un franc succès (exemple : "Dans ce cimetière, aucune des personnes vivant dans la commune ne sont enterrées...ben non elles sont vivantes !" Pouin pouin pouinouinouin...).
Côtés paysages on passe, sous le soleil puis dans la neige, par deux chaînes de montagnes (la pre-cordilliere et la cordillère des Andes), un paquet de rivières dont celle que j'ai raftée hier, des ruines incas et un site historique argentin (un pont où est passée l'armée des Andes de San Martin, héros national), le Pont de l'Inca et on aperçoit même le sommet des Amériques, l'Aconcagua.
Côté cailloux, outre ma vielle fascination pour les strates de roches (qui doit dater de la 4ème) qui me permettent d'imaginer les mouvements de plaques avec sons et lumières, il y a ces couleurs incroyables dues à la présence de nombreux minéraux différents. Du rouge, du vert, du bleu, de l'orange, du jaune, le rose du granit breton peut aller se rhabiller, ici tout est "plus" : plus de couleurs, plus vives, plus proches les unes des autres, c'est juste incroyable.
Encore plus incroyable ce qui était pour moi le but de la visite : le pont de l'Inca. C'est une formation rocheuse à base de souffre qui enjambe un court d'eau, il est jaune vif presque fluo. Et sous les minces filets d'eau qui s'échappent de la paroi les sédiments déposés tracent de fines lignes vertes, oranges et rouges.
Je pensais qu'il fallait marcher pour y parvenir, en fait il faut juste traverser un village d'artisanat pour touristes. Du coup pas d'effort à récompenser mais la vue soudaine m'arrache un bref mais sonore "OUAH".
Le final de l'excursion dépendait de la météo et la météo est trop mauvaise, c'était le Christ Rédempteur qui marque au sommet d'une montagne la frontière longtemps controversée entre le Chili et l'Argentine. En Espagnol il s'appelle "Cristo Redemptor" je trouve ça trop cool, dans le genre super héros.
De retour à Mendoza je fais un saut á l'auberge pour récupérer et refaire mon sac et je saute dans un taxi direction la gare routière. Le chauffeur tient a me faire la causette alors que je préférerais profiter de ce petit moment de mélancolie, après presque trois mois je quitte définitivement l'Argentine...au moins pour cette fois.
A la gare routière mauvaise surprise il n'y a pas de vraie consigne, seulement des casiers trop petits pour ma maison, du coup je dois la trimballer pendant des heures en attendant mon car et passer des heures dans une gare routière de nuit croyez moi on fait difficilement plus glauque.
A 23 heures je monte enfin à bord et m'endors presque aussitôt pour être réveillée deux ou trois heures plus tard en plein Berlin-Est, c'est du moins l'impression que me fait le poste-frontière. Sous un toit en tôle éclairé par des néons blafards les voyageurs hagards enveloppés dans leurs couvertures côtoient des policiers en armes et équipés d'un chien détective. Pour compléter le tableau le sol est couvert de neige sale et il fait zéro degrés, j'ai trouvé plus glauque que la gare et je me fais des mauvais films, par exemple quand le chien s'attarde sur mon sac "Et s'il prenait l'herbe à Mate qui est dans mon sac pour du cannabis ??? Oh je suis sure qu'il y a pas de toilettes dans les prisons chiliennes".
Finalement mon scénario "Bridget Jones en Thailande" n'aura pas lieu, je remonte tranquillement dans le car et mon sac aussi. Je me réveille à 5 heures du matin, nous sommes à Santiago.
Encore une ambiance bizarre, la gare est pleine de gens qui attendent et les bancs sont en nombre insuffisant, tous fatigués les gens se parlent peu à part pour moi quelques mots échangés avec une américaine qui attend ses potes et une chilienne qui attend l'ouverture du métro à 8 heures. Mais ça tient plus du "bon on est toutes seules, maintenant on se connaît c'est mieux si on a un problème" que de la vraie conversation.
Moi aussi j'attends. J'attends mon car qui part à 15h30 pour le Nord du Chili, j'attends l'ouverture du café à 8h et j'attends celle de la consigne á bagages à 6h. Heureusement j'ai récupéré un vrai bouquin de filles hyper glamour qui se passe dans le milieu des défilés de mode, la chick-litt absolue mais ça m'occupe et c'est très utile pour avoir l'air absorbée quand un mec tout bourré veut me causer. J'ai beau lui répéter "No entiendo" ("je ne comprends pas") il insiste jusqu'à 6heures, là c'est la libération : la consigne à bagages ouvre enfin et il est trop saoul pour me suivre dans les escaliers.
Le reste de ma journée se passera dans le café resto de la gare qui est moche et qui sent le graillon mais dont je ferais la fortune. J'ai vue sur les bus et les écrans qui diffusent en boucle "Terminal TV", 20 minutes de programme composés d'un clip de chanteurs à minette et d'images de boxe, rodéo et foot. Passionnant...
L'heure de la délivrance sonne enfin et je quitte Santiago. Ma fenêtre est du bon coté, j'ai vue sur le Pacifique jusqu'à la nuit, coucher de soleil compris donc, après je sais pas je dors.
Et ce dimanche on passe la journée au milieu de paysages désertiques et je suis comme une gosse, j'ai d'excellents souvenirs de désert mauritanien et celui là, dans un tout autre style, me plaît déjà.
A 16h30 c'est l'arrivée à San Pedro de Atacama, ma dernière étape chilienne. Je suis accostée par Sindy qui m'a vu fouiller mon guide à la recherche d'une auberge, elle est belge et on fait le trajet ensemble, en VF. Ça faisait longtemps. On fait aussi ensemble le tour des agences pour organiser nos prochains jours qui s'annoncent chargés avant de passer une soirée sympa avec elle et un espagnol qui dort dans la même auberge que nous. La soirée est sympa mais elle est courte, c'est pas tout ça mais demain je me lève à 3 heures ! |