Hardi les gars vire au guindeau !

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Chili - Valparaiso
de Chloé, le 08-04-2008

Hardi les gars vire au guindeau !

Je ne sais plus quel écrivain a dit que les voyages commencent enfant par les rêveries provoquées par des noms exotiques et inconnus. Pour moi parmi ces noms là il y avait Valparaiso, à cause d'une chanson de marins entendue, re-entendue et re-re-entendue dans des rassemblements de vieux gréements à Paimpol, Brest ou Douarnenez durant lesquels je me la pétais doublement parce que MOI j'avais un beau bateau et qu'en plus, contrairement aux touristes je connaissais toutes les chansons par coeur. "Hardi les gars vire au guindeau, good bye farewell good bye farewell...eeeet nooouuus z-irons z-à Valparaiso Haul away, hé, oula tchalez" est un extrait d'une des rares chansons dont je ne rougis pas d'avoir chanté les paroles à tue-tête (parce que certaines dans la bouche d'une enfant euh...). Et donc "aller à Valparaiso" ça avait l'air d'être quelque chose parce qu'apparemment il fallait passer par le Cap Horn et Mexico et y avait des cachalots ! Sans cachalot et sans Cap-Horn m'y voilà quand même et naturellement je commence par une ballade sur le port.
Ça sent le poisson, la rouille et le gasoil, les cargos côtoient les lanches familiales et les ba-ba-ba-bateaux de guerre et la faune est à peu près aussi hétéroclite : il y a des marins en uniforme, des familles et des naufragés bourrés qui zigzaguent d'une passante à l'autre à coup de "mi amor" et leur décrivent un futur commun plus ou moins poétique, je pense qu'il doit y avoir des putes cachées quelque part (en tout cas j'espère pour mon image d'Epinal).
Au dessus du port on trouve les fameuses collines de Valparaiso, j'en ai parcouru plusieurs et donc emprunté plusieurs des ascenseurs qui y mènent. Ils fonctionnent sur le principe de funiculaire mais le mot "ascenseur" est bien choisi tellement l'angle parcouru par certaines de ces petites cabines s'approche de la verticale.
C'est l'activité principale du touriste dans cette ville où il n'y a rien "à faire" : arpenter ces rues plus ou moins pavées et se régaler des couleurs des maisons au style colonial un peu fané qui les bordent.
Avec le linge aux fenêtres, les arbres en fleurs dans les jardins, les chats décatis qui se faufilent entre les grilles et les câbles électriques qui pendouillent (qui gâchent les photos mais pas la vue), ça ressemble à ce que j'imagine du Montmartre interdit aux moins de 20 ans d'Aznavour.
Un style "bohème" donc mais un vrai, avec des maison où vivent des gens et pas des babioles pour touristes, bien loin des nombreux quartiers du monde qui se sont attribué ce qualificatif qui ne leur va plus depuis que c'est devenu un business (le Montmartre de mes 20 ans par exemple).
Bref j'adore cette ville d'autant plus que j'y ai séjourné dans une super auberge où j'ai fait de très belles rencontres. Le second soir je sors boire un verre avec Cynthia (suisse francophone) et Angelica (colombienne qui étudie en Argentine) qui voyagent ensemble quelques jours et Rodney, resident-chef (comme dans Grey's anatomy) en pedo-psychiatrie à l'hôpital du Mont Sinai à New York. On cause hôpitaux américains, Farcs, Urribe, Sarkozy, Cuba (Cynthia y était quand Castro a renoncé et nous raconte qu'il ne s'est rien passé (Obelix)), Obama et Union Européenne et j'apprends plein de trucs, le tout dans un petit bistrot du port où le patron me présente à un autre français accoudé au comptoir. Eh ben me faire appeler "Penn Sardin" par un Quimpérois au fond d'un troquet de Valparaiso j'aurais pas imaginé !!!
Troisième et dernier soir, je commence la soirée avec du vin chilien et deux australiennes et un belge et la continue autour de Pisco (alcool de raisin typiquement chilien) avec Cynthia, Angelica, Christopher (musicien de la Nouvelle Orléans) et Eduardo, le fils de la maison. J'apprends encore des trucs (saviez vous que les célèbres images américaines de la France en flammes pendant les émeutes 2005 étaient accompagnées d'analyses qui expliquaient qu'elles étaient une réaction à "une loi raciste interdisant le voile à l'école" ???) et on rigole bien, notamment lors d'une mémorable séquence "hymnes nationaux" où chacun est sommé de chanter sa chanson.
Bref la ville m'a bien plu et j'ai passé trois jours géniaux et c'est l'un des premiers endroits où j'espère vraiment revenir un jour.

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