Arrivée a Cusco après un
voyage en car épique (vous voyez les attractions des fètes foraines pour faire vomir ? ben pareil) j'ai vite attaqué les visites par les deux églises de la place centrale. D'abord la Compania où la guide me montre notamment un tableau qui représente les deux mariages qui ont conduit a l'expulsion des Jésuites de la region (l'église etait à eux) : d'abord celui de la dernière princesse inca dont les parents avaient été baptisés et donc épargnés avec le neveu d'Ignolla et à côté le mariage du fruit de cette union avec le fils de Loyola (je crois). En plus clair ces deux mariages unissaient la noblesse inca avec les grandes familles jesuites espagnoles et avaient apparemment pour but de créer un nouveau royaume indépendant de la couronne d'Espagne, forcément cette dernière n'a pas aimé ! A part ca il y a aussi les dites "Mamacha" ("Mamita" ou "petite maman" en Quechua) synthèses de vierges et de Pachamama
qui était déjà représentée en femme (fertilité oblige) avant l'arrivée des espagnols et des curés. Elles portent de très beaux vrais habits et ont sur la tête des vrais cheveux humains, en général ceux de nonnes. C'est la super classe ! Je retrouve les mêmes figures de vierge dans l'écrabouillante cathédrale. Dans les deux c'est une hallucinante orgie d'or et d'argent, quasiment tous issus de la fonte des plaques qui couvraient les monuments incas.
Pour le reste de la journée et le jour suivant je me ballade dans les jolies rues pierreuses de Cusco, il parait que ca s'appelle une ville typiquement coloniale tout ca.
Le jour d'après je commence ma journée par une visite, toujours guidée, au musée inca où on commence par un tour assez rapide des pièces consacrées aux civilisations antèrieures aux incas, essentiellement des céramiques dont beaucoup très belles et certaines incroyablement precises. On passe ensuite à l'étage où se trouvent les objets incas, je n'ai bien sûr pas tout retenu mais c'est intéressant. Je retiens surtout les copies de statuettes rituelles exposées, ce sont des copies parce que les originaux ont été volés par des vigiles dans les années 90, ils les ont fondues pour récuperer l'or mais le resultat n'avait aucune valeur puisque l'or des incas etait un alliage. Tout ca pour rien donc...tristesse.
Mon guide s'anime quand on arrive aux maquettes du Macchu Picchu (ben ca a l'air grand !) et plus encore quand on arrive aux salles consacrées à l'invasion espagnole.
Là il me montre un tableau représentant la mort d'Atahualpa et me raconte son histoire : quand les espagnols sont arrivés à Cusco, celui-ci est venu à leur rencontre accompagné de son armée (mais sans armes, ca se fait pas pour dire bonjour). L'Evêque qui accompagnait les espagnols est venu à lui et lui a tendu un breviaire, "parole de Dieu", l'Inca a porté le livre à son oreille et, n'entendant rien, a pensé que le prélat se moquait de lui et l'a jeté à terre. C'est le pretexte que les espagnols ont pris pour faire feu.
Plus tard ils l'ont decapité mais, en bon catholique, l'evêque l'a d'abord baptisé...C'est ca qu'on appelle la charité chrétienne sans doute
Dans cette section du musée il me montre aussi les tableaux du courant incaïste du 19ème et une statue réalisée par un sculpteur italien au 20ème : l'Inca y est représenté facon Renaissance avec les traits fins et les cheveux longs. Du coup les cusqueniens l'ont surnommé l' "inca gay" et il est abimé et porte des traces de balles qui datent du temps où il était sur l'une des places de la ville et était regulierement attaqué, parce que "faut pas déconner leurs ancêtres c'etaient pas des pédés !" :)
Après ca je fais un tour dans les rues du quartier pour voir les fameux et effectivement impressionnants murs incas sur lesquels ont ete construits d'autres batiments, avant d'aller au musée des arts religieux.
S'y trouvent des dizaines de tableaux de scènes bibliques certains très beaux et tous chargés, surchargés d'or.
Au rayon découvertes, ma guide m'explique l'histoire du Señor Jesus de Los Temblores, parfait syncretisme encore une fois puisqu'il a la peau brune et porte à la place du pagne, une jupette inca qui lui arrive aux genoux. Au depart il s'appellait Señor Jesus de Santa Cruz mais il a changé de nom après que sa sortie en procession ait coincidé à la fin d'un long tremblement de terre en 1950.
Dans la série "l'Eglise est formidable" je decouvre un miroir du type de ceux qui ont été utilisés pour l'evangelisation de ces sauvages : il est déformant et les curés le présentaient aux indiens (qui ne connaissaient pas le miroir) comme le "reflet de leur âme". Du coup après fastoche : "elle est dans un sale etat hein ? entrez on va purifier tout ca !" La classe...
J'avais prévu d'autres musées et d'autres églises mais en cherchant à manger je tombe sur un groupe de danseurs suivis par un groupe d'hommes qui portent une gigantesque statue de saint.
Ce sont les premiers tremblements de la fête du Corpus Christi, LA fête de l'année à Cusco. Du coup je reste un moment contempler cet impressionnant ballet d'humains transpirants, les uns parce qu'ils dansent sans s'arrêter les autres parce qu'ils peinent sous la statue, tous sous un soleil de plomb.
Par la suite je dois realiser un defi de taille : acheter un billet de train pour le Macchu Picchu !
Ca devrait être une formalité mais ce serait moins drôle. Je vais d'abord, logiquement me semble t-il, à la gare d'où partent les trains. Fermée. Retour dans le centre je tente de passer par les agences. Pas sans l'excursion complète (à 200 dollars pour deux jours, c'est cela oui...). J'essaye sur internet, ca marche pas. Je finis par aller à l'office du tourisme où on m'indique le bon endroit : la gare dont partent...tous les autres trains ! Les joies du
voyage ca s'appelle...
Après 25 minutes de marche j'y arrive enfin. L'employée de l'accueil est pas sympa mais celle qui me fait mes billets je lui ferais bien des bisous : gentille, souriante et efficace, merci madame. Ca me coute 40 euros l'aller-retour à partir du milieu de la ligne contre 5 euros pour toute la ligne pour les locaux mais là tout de suite je m'en fous je les ai !!! Dans ma lancée je vais reserver mon billet de car pour Lima luni, reine de l'organisation je suis !
Plus tard j'ai la bonne surprise d'avoir un mail d'Anouschka (avec qui j'etais sur le lac Titicaca) qui me fixe un rendez-vous dans la soirée sur la place ("près de la fontaine" c'est pas romantique ca ?) où elle doit retrouver Liza.
On passe le début de soirée avec un étrange peruvien de Lima qui est volontaire dans la même école qu'Anouschka : il est plutôt drôle mais il a des réactions inattendues et se présente comme "artiste" ce qui n'est jamais bon signe...
On mange dans un petit resto local avant de revenir sur la place pour retrouver Anne-Lise qu'Anouschka a rencontrée dans le salar d'Uyuni. On part à 5 pour l'Indigo, bar prisé des touristes, mais le peruvien disparait et on n'est plus que toutes les 4 quand nos verres arrivent. 4 filles dont le sosie de Carrie Bradshaw et une rouquine aux cheveux courts, les conversations qui vont avec et des cocktails sucrés, on proclame la soirée à thème "Sex and the city". Je me retrouve intronisée Charlotte malgré mes protestations que je suis obligée d'interrompre quand je leur avoue que j'ai souvent regardé Sex and the city avec mon colocataire gay, là je peux plus lutter...
On reste un moment et à la sortie j'ai bu juste assez de cocktails pour qu'elles arrivent à me trainer en boite, MOI en boite !!!! Vous imaginez peut être pas tous à quel point c'est exceptionnel mais ca vous donnera peut être une idée si je vous dis que la dernière fois que j'ai mis les pieds dans un de ces endroits de perdition ca a duré une heure et c'etait pour parler politique !
Direction donc le Mythology, la "boite des dieux". Si "Dieu" veut maintenant dire "touriste" en anglais c'est pas faux. De Grease à Rage against the machine, c'est suffisamment pas prise de tête pour que j'arrive à m'amuser. Pas trop longtemps quand même faut pas déconner ! Je veux me lever tôt le lendemain et je suis à l'hotel à deux heures tandis que les filles poursuivent.
Mais c'etait quand même une sacrée soirée !
Les photos de Cusco by night :
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En ce jeudi a donc lieu le point d'orgue de la fête du Corpus Christi et j'arrive à temps pour assister à la gigantesque messe qui a lieu sur la place centrale.
Un autel est installé sur le parvis de la cathédrale au milieu des 15 statues de saints qui défileront ensuite, des tas de religieux de tous ordres et des enfants en uniforme de leur ecole sont mélés à la foule, déjà compacte à cet endroit, de fidèles et de curieux auxquels se mèlent des vendeurs ambulants.
J'ai la chance de trouver une place à un balcon de resto d'où je vois la suite de la (longue) ceremonie. C'est plutôt joli avec toutes ces couleurs sous ce soleil et les pauses chantées sont interprétées par des enfants mais version "chants d'enfants" pas version "Choristes" et c'est chouette.
Pendant les (au moins) 50 "Santa Maria Madre de Dios..." commence le défilé des ecoles qui est beaucoup moins mignon : les gamins defilent en uniforme en balancant leurs bras raides comme la justice, d`'où je suis on dirait les hyènes du Roi Lion c'est flippant !
Par hasard Anouschka et Anne Elise viennent s'installer à coté de moi pour prendre un café qui leur est vital vues leurs tetes. Moi je reste manger mais on se donne rendez-vous plus tard, au moins avec Anouschka.
Bien sûr, toujours avide d'experiences, je commande le plat traditionnel de cette fête : le Churiuchu. Ben c'est pas bon.
Dans mon assiette je reconnais une galette légumes/céréales, du poulet et du saucisson mais je reste perplexe face à un espèce de tas d'algues, un morceau de viande non identifiée et un amas de grains collés entre eux. C'est dur à mâcher, c'est froid (exprès) bref des fois les traditions ca a pas que du bon.
Pendant ce temps le défilé commence par un énorme truc en argent (qui doit contenir quelque chose je suppose) précédé par des curés en robes blanches. Puis c'est le tour de St Antoine et de St Jacques, précédés chacun par les mêmes danseurs qu'hier et toujours portés par des hommes courageux.
Chaque saint est aussi précédé par sa propre table sur laquelle il est exposé avant et après. Celle ci est portée par des gamins qui se poussent dans tous les sens même quand, de temps à autre, l'un d'eux grimpe sur la table pour y "surfer" le plus longtemps possible. Je m'en vais de mon perchoir au moment où le premier saint s'incline devant l'autel kitsch installé devant l'église de la Compania, il est l'heure de mon rendez-vous et ca tombe bien je meurs de chaud.
Je retrouve Anouschka et Liza qui n'ont pas encore mangé, on va donc se poser dans un petit café à l'ecart du bruit et des mouvements de la foule qui a maintenant envahi la place et rend tout deplacement difficile.
Ca nous fait un bien fou d'être au calme. Après leur repas (et ma première glace depuis trèèès longtemps) on a pourtant le courage de ressortir pour aller faire un tour sur la place voisine de San Francisco, le coeur populaire de la fête : sous des dizaines de tentes abondent alcool et Chiriutruc. Et là c'est le drame je decouvre l'identité de la viande non identifiée dans mon assiette un peu plus tôt : ca ressemble a des rats. Mais rassurez vous ce n'est que du Cuy (prononcez "couille") une variete de...hamster !!! Mamaaaaaaan !
Pour me consoler, les filles m'accompagnent malgré la foule et leur migraine à la recherche de mon caprice du jour qu'on finit par trouver après de longues recherches : une noix de coco fraiche avec une paille plantée dedans pour boire le jus, plus exotique tu meurs !
On finit notre longue après-midi dans l'appartement d'Anouschka où on se fait un plateau télé avec repas gastronomique : pop-corn maison, soupe chinoise et la chair de ma noix de coco. Côté ciné on enchaine "Mémoires d'une geisha" et "Cinderella Man" un chouette film de boxe, mais pendant celui-ci c'est le drame : au moment le plus crucial, le combat du siècle où notre héros doit triompher ou mourir survient une panne d'electricité, toute la ville est dans le noir. Noooooooooon !!!! Heureusement juste au moment où on sortait acheter des chandelles la fée electricité revient et on peu savoir qui a gagné (je vous le dirais pas c'est un chouette film).
On est un peu dégoutées d'avoir raté le meilleur mais y a franchement plus grave dans la vie : moi j'ai mangé du hamster !