Arrivée au Perou. Première étape : le bout du monde

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Pérou - Lac Titicaca
de Chloé, le 09-05-2008

Arrivée au Perou. Première étape : le bout du monde

Arrivée á Puno, la ville du lac coté péruvien il n'y a rien a y faire et je n'ai qu'a attendre mon départ la lendemain pour deux nouvelles journées sur le lac.
J'ai dit au revoir á Anouchka que je dois retrouver á Cusco, avant de partir pour le port où j'achète quelques babioles (bougies, briquets et provisions) pour offrir á la famille qui m'hébergera le soir sur l'île d'Amantani. A bord du bateau, le groupe qui était dans mon minibus est complèté par un autre, nous sommes 25 c'est beaucoup.
Première visite les îles flottantes des Uros. Uros est le nom du peuple indigène qui a créées et vivait sur ces îles mais aujopurd'hui, la dernière uro étant morte en 1959, ce sont des aymaras qui y sont installés et exploitent le filon touristique. Du coup c'est peu authentique et ça ressemble á un grand parc d'attraction où les bateaux des touristes côtoient les bateaux a touristes en roseaux et les barques en bois que les habitants utilisent en réalité et sur chaque île des stands de souvenirs sont installes.
Parmi la quarantaine d'île, c'est sur celle de Pachamama que notre groupe s'arrête en premier pour une leçon sur le fonctionnement de ces communautés et sur la construction des îles. Elles sont fabriquées á partir des espèces de roseaux qui poussent dans cette partie du lac, on met d'abord une couche de racines mêlées á de la terre puis on superpose en les entrecroisant les couches de roseaux rajoutés frais chaque mois tandis que les couches inférieures se tassent, on ancre le tout au fond et ça flotte, donc. On nous montre les panneaux solaires offerts par Fujimori (qui explique sûrement, au moins en partie, les tags en son honneur à Puno) et on nous fait goûter la pulpe du roseau, bourrée de calcium et bonne pour les dents parait t-il, qui faisait partie de l'alimentation des uros.
Pour changer d'île on prend un bateau "traditionnel" en roseaux, un homme à l'arrière fait avancer l'embarcation en godillant a deux mains (petit joueur) tandis qu'a l'avant un gamin rame vaguement et mal. Je suis assise près de lui avec deux anglaises et on entreprend une conversation. Il nous raconte qu'il a école cet après midi et qu'après il va s'entraîner pour le championnat de foot inter-îles puisqu'il joue dimanche et nous chante son répertoire de chansons dans toutes les langues. En français c'est une version pour le moins approximative d'"Alouette gentille alouette", c'est mignon mais le charme est rompu quand il nous demande de l'argent pour sa prestation...
Une fois de l'autre cote le seul but est de nous permettre de faire du shopping, je m'abstiens et préfère monter en haut d'un mirador d'où j'ai vue sur les îles et sur les baraques en tôles offertes par l'Église adventiste en échange de la conversion des familles dont parle mon guide.
On finit par repartir, 3 heures de navigation pour atteindre la communauté Colquecachi sur l'île d'Amantani. A notre arrivée nous sommes accueillis par des hommes portant vestons et chapeaux et faisons quelques pas pour rejoindre un groupe de femmes en costume traditionnel de l'île.
On nous repartit par famille et je me retrouve avec Lea, canadienne, à suivre Justa jusqu'à sa maison. Le village s'est organise pour accueillir les touristes : les familles le souhaitant ont fait des stages pour apprendre a recevoir les étrangers qu'elles accueillent a tour de rôle ce qui permet une répartition équitable des revenus.
La maison est située tout en haut de la longue montée vers le village, elle est toute simple mais notre chambre aux murs roses est confortable et a des bons lits. On a le temps de se reposer un peu et on passe a table dans la cuisine au sol en terre battue où Justa a cuisiné une copieuse soupe de Quinoa et un plat de pommes de terre et fromage frit, au feu de bois.
Lea ne mange quasiment rien, elle est malade et pas très gaie : si j'ai bien compris elle avait prévu ce voyage avec sa meilleure amie, qui est partie plus tôt que prévu et elle est finalement venue avec son mec du moment qui est reparti avant-hier pour le Canada parce qu'il "en a eu assez" (je ne sais pas si c'est d'elle, du Perou ou des deux). Du coup elle se retrouve seule pour encore deux semaines en Amérique du sud à l'insu de son plein gré. Ambiance...
En mangeant on (enfin surtout je) fait la connaissance d'ederson, le fils de Justa et de son chat Micho (aucun rapport avec un personnage connu). C'est Ederson qui nous accompagne au stade du village, point rendez vous pour une après midi marche vers des ruines incas. J'aurais l'occasion d'en voir suffisamment au Perou, je préfère donc rester dans le village pour regarder vivre les gens.
Je me pose dans l'unique café ouvert, face au stade ou des touristes ont engagé un match
avec les gamins. Alors que je suis occupée à écrire mes mémoires, la partie de foot se termine et un des gamins s'approche pour regarder ce que je fais. Il s'appelle William David, a 8 ans et sait lire mais pas le français évidemment, je lui demande s'il sait écrire il me dit que oui mais quand je lui tends le carnet pour qu'il y écrive quelque chose il préfère dessiner. Nous sommes bientôt rejoints par Leslie, sa petite soeur de 4 ans puis par toute une tripotée de garçons (mais ou sont le fillettes sur cette île ?)
Chacun y va de son dessin et c'est bientôt 5 pages recto-verso de mon carnet qui en sont couvertes (un moleskine ! respectent rien ces petits sauvages !) tandis que les adultes présents nous regardent amusés. Comme tous les gosses du monde ils dessinent, avec plus ou moins de dextérité, leur environnement, me voilà donc avec une collec' de dessins d'oiseaux, de bateaux, de pots a sucre et de lacs.
Avec Ederson qui faisait partie des artistes on finit par rentrer, j'ai ma lampe de poche et j'en suis bien contente mais lui avance dans la nuit sans problème.
En attendant le repas j'écris mes carnets interrompus par la séance dessins...a la bougie ! c'est trop la classe dans le genre écrivain maudit !
Pour le repas se joignent a nous 4 italiens sexagénaires de notre groupe, qui connaissent de la France Paris et...Lesconil, bigoudenie power !
Les parents de Justa, Luis et Benedicta sont là aussi. Sa mère ne parle pas un mot d'espagnol, seulement Quechua mais Ederson fait le traducteur : ils ont 70 ans chacun et ont eu 6 enfants dont deux sont morts "a l'âge de celui-ci" nous dit Justa en nous montrant son fils (qui a 9 ans), il lui reste deux frères et une soeur.
Après notre soupe et notre platée de riz, qu'on mange assis a table pendant que la famille reste sur des bancs autour du feu, Justa nous habille pour la fête donnée pour nous au centre communautaire : d'abord la chemise blanche brodée aux poignets et à la poitrine, deux lourds jupons ensuite, puis la large ceinture bien serrée et enfin le grand châle noir type veuve corse, brodé lui aussi aux extrémités.
Nous voilà déguisées et c'est son père, qui a mis son poncho, son bonnet et son chapeau de fête qui nous emmène au centre ou nous devons retrouver le reste du groupe.
5 musiciens sont présents et nous tâtons de la danse locale (basique ou version basique ?). Au début c'est sympa, l'enthousiasme de Luis à danser avec les touristes aidant mais après quelques danses il s'essouffle et les femmes aussi.
A part deux ou trois anglais qui s'excitent sur la musique l'ambiance est morose et je me sens, serrée dans mon joli costume, dans la peau d'une "p'tite parisienne en short..." de la chanson de Servat ("viendront danser le gavotte et lanceront des cacahouètes aux bretons en boutoucouettes"). Lea est fatiguée ça tombe bien grand père aussi, on rentre donc, sous un ciel encore incroyable, jusqu'à la maison sans pouvoir discuter avec Luis qui parle seulement quelques phrases d'espagnol. "Hasta mañana" ("A demain"), ça il sait dire.
Jour 2
Ce matin réveil en douceur a 6h30, après une nuit de silence absolu dans un lit confortable. Pas de salle de bains évidemment, seulement une cabane au fond du jardin en guise de toilettes pour se changer. Petit déjeuner frugal compose de deux galettes d'une céréale non identifiée et d'un mate de muña (plante aux même effets que la coca mais au goût mentholé) et il est temps de descendre vers le bateau. Quelques femmes ont étalés des souvenirs a nous vendre, c'est la première fois depuis notre arrivée sur cette île,ça fait du bien de ne pas être harcelée. Nous disons au revoir a Justa qui nous a accompagnées en tenue de fête et c'est parti pour une heure de bateau jusqu'à l'île de voisine de Taquile. Je quittecette île à regret, elle doit ressembler à l'île de Batz ou l'île de Sein il y a 50 ans, en tout cas elle ressemble au bout du monde...
Balade d'une heure et demi jusqu'à la place où notre guide nous attend dans 2h30. L'île est belle et la promenade est presque plate, ça change. Le soleil radieux est peut être ce qui m'empêche la ressemblance promise avec l'Irlande mais les costumes des hommes rendent par contre la ressemblance avec l'Europe du sud-est frappante. Avec leurs longs bonnets et leurs gilets noirs ils se mettraient a danser le sirtaki je serais même pas étonnée !
Arrivée au bout de la jolie promenade, je fais un tour au magasin de la coopérative de la communauté où sont vendues les productions textiles (patrimoine UNESCO attention !) des familles de l'île, à qui l'argent est redistribué chaque dimanche.
Dans la série "gestion communautaire" ils ont mis en place le même systeme d'hébergement qu'a Amantani et ils élisent chaque année une "autorité" (un maire quoi) qui est entre autre chargé de faire régner l'ordre, l'île n'a donc ni hôtel ni police. 
Notre guide nous apprend que la tenue des habitants a un sens précis : d'abord elle indique leur état matrimonial, l'indicateur étant le bonnet des hommes (bicolore=célibataire, noir=marié) et la jupe des femmes (colorée=célibataire, noire=mariée); par ailleurs l'homme porte au coté une bourse pleine de feuilles de coca a échanger en guise de salutations amicales entre les habitants de l'île, et sous sa ceinture rouge l'homme marié en porte une plus fine noire et blanche, la partie noire étant tricotée des cheveux de sa femme.
On mange un menu hyper original (soupe de quinoa et truite) avant de descendre les 584 marches qui nous mènent au bateau pour Puno, pour ceux qui ne passent pas par Amantani c'est l'arrivée, eh bien je suis contente de mon choix !

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