Le but d'une visite dans la ville de Nazca ce sont les étranges lignes et figures qui parsèment le plateau désertique tout proche : des centaines de lignes dont beaucoup sont parfaitement droites malgré le fait qu'elles soient longues de plusieurs kilomètres, des formes pleines trapézoïdales mais aussi des dessins figuratifs,certains très identifiables (comme l'araignée) d'autres beaucoup plus énigmatiques (comme l'homme avec une espèce de tète de chouette). Le plus étonnant est que ces dessins sont trop grands pour être visibles du sol et ne le sont que du ciel mais qu'ils auraient été faits, en bougeant des tonnes de pierre pour découvrir la couche plus claire d'en dessous, entre 900 avant JC et 600 et qu'a priori a l'époque ils ne savaient pas voler. Mesdames et messieurs bienvenus dans l'un des plus grands mystères de l'archéologie mondiale ! Ces lignes de Nazca je pense en avoir vu des images comme tout le monde mais ça ne m'avait pas marquée plus que ça, par contre avant de partir j'ai lu "Qu'est ce que je fais là ?" de Chatwin où un chapitre est consacré à sa rencontre avec Maria Reiche, la "dame de la pampa". Cette mathématicienne allemande était un sacré personnage qui a parcouru pendant 50 ans, infatigable, le désert de Nazca pour essayer de déchiffrer le sens de ces étranges dessins : elle a balayé les lignes dont la netteté était troublée par du sable et des pierres, les a mesurées, est revenue au même endroit à plusieurs époques de l'année de jour comme de nuit et avait même embauché des locaux pour assurer leur protection. Elle vivait dans une cabane sans confort au bord de la pampa et dormait souvent dans sa voiture quand elle voulait les voir sous les étoiles. Drôle de personnage, aussi aride que ce plateau rocheux, elle est morte en 1998 et est aujourd'hui une véritable icône a Nazca et au Perou. La preuve : en ce dimanche avait lieu la foire touristique et toutes les questions pour gagner des cadeaux lui étaient consacrées et honte à l'habitant de Nazca qui ne savait pas donner la date précise de son arrivée dans la région ! Elle avait une théorie sur ces étranges dessins : elle pensait que les lignes géométriques étaient un calendrier agricole basé sur les mouvements du soleil et des étoiles, quand aux dessins elle les associait a des constellation, elle pensait avoir reconnu dans l'araignée notre Orion et dans le singe la grande ourse et le lion. Toute sa vie elle a tenté de diffuser sa théorie au monde et si celle-ci est aujourd'hui remise en cause elle a au moins réussi à attirer des archéologues sur son terrain de jeu et à intéresser le monde à ce mystère. D'autres archéologues sont venus et ils ont aussi développées des théories : pour certains les lignes pointeraient des sources d'eau ou des obstacles au passage de l'eau dans les montagnes (cette théorie fait à peu près l'unanimité, pour certaines lignes au moins), pour d'autres les lignes seraient des chemins rituels vers les trapézoïdes où avaient lieu des cérémonies, sans doute pour demander aux dieux de faire venir la pluie, très rare dans la région. Ce serait aussi l'explication au fait que les dessins ne soient visibles que du ciel : ils n'auraient pas été destinés aux hommes mais à attirer l'attention de leurs dieux qui sont représentés vivant dans le ciel sur les poteries découvertes dans la région. Ça semble un peu fouillis tout ça mais toutes ces théories ne sont pas forcement incompatibles entre elles, d'abord parce que des datations au carbone 14 ont prouvé qu'elles dataient de différentes époques et surtout parce qu'il y a plus de 800 lignes sur 500 km2, elles ont donc pu avoir des fonctions différentes selon les lignes et selon les époques. Ah et j'ai oublié une autre théorie : évidemment certains sont persuadés qu'il s'agit d'une trace laissée par des extra-terrestres pour attester de leur passage sur terre, la preuve les trapézoïdes seraient des pistes d'atterrissage de navette spatiale ! "Marmotte, chocolat, papier d'alu tout ça tout ça..." aurais-je envie de leur dire mais je préfère la réponse que leur font les archéologues : "ce sont des gens trop pénétrés de l'esprit colonialiste pour pouvoir imaginer que de simples indiens aient pu avoir des connaissances et/ou une technologie qui nous échappe" Et pan dans les dents ! Tout ça je l'ai appris en lisant mon guide mais surtout en assistant a une conférence dans le planétarium Maria Reiche que je n'ai malheureusement pu voir qu'après avoir survolé les lignes pour cause de manque d'affluence la veille. Parce que malgré mon manque d'enthousiasme dû à la mort de 5 français il y a un mois dans l'un de ces petits avions j'ai quand même sacrifié au rituel et embarqué avec un couple de polonais pour presque 45 minutes au dessus du désert. J'ai peur de rien je suis Indiana Jones ! Après une longue attente de 4 heures due au mauvais temps du matin qui a décalé tous les vols, on arrive sur la piste pour monter dans l'avion. C'est un avion 5 places, pilote compris, du même genre que ceux que j'ai souvent pris en Corse avec mon parrain préféré. La différence c'est que justement ce sera pas tonton aux commandes et on attend avec un peu d'impatience de voir notre pilote et surtout de sentir son haleine (le pilote qui a tue les 5 français, il avait bu avant de piloter !!!). En attendant on vérifie l'avion de manière très pro : aucun écrou qui pendouille, les ailes sont droites, les hélices aussi et les pneus ne sont pas crevés, contrôle technique ok ! :) (Oui on vérifie que ce qu'on peut !) Voilà le pilote : jeune et beau, il sent bon et a une chemise propre, il doit savoir piloter ! Au décollage on s'envole en douceur, contrairement à l'avion précédent qui a fait des bonds sur la piste sans réussir a décoller, me voila confiante ! C'est un vol de 40 minutes spectaculaire mais malheureusement moins pour la vue sur les lignes que pour les positions de l'avion. Pour éviter d'être malade (les vols sont sportifs on était prévenus) je m'étais gavée de Coculine et n'avais pas pris de petit dej', ben c'était une bonne idée ! Parce que fixer l'horizon pour diminuer la nausée ça marche bien mais faut pouvoir le voir l'horizon : quand les ailes sont à la perpendiculaire du sol c'est pas facile ! Ceci dit je n'ai pas à proprement parler peur (même si je crois qu'au premier angle a 90 j'ai du prier quelque chose :) ), le pilote semble maîtriser la machine et les virages se font sans a-coups. C'est pas que ce soit un fou du manche c'est juste que ces angles sont effectivement le seul moyen pour qu'on voit bien les lignes mais je suis soulagée quand ça s'arrête. Ça valait le coup quand même de les voir : ce qui m'a impressionnée moi ce sont moins les dessins, sans doute trop vus avant sur tout et n'importe quoi aux 4 coins de la ville (tasses a café, briquets, tee-shirts, ardoises...) que les centaines de lignes qui quadrillent la terre. Ça c'est une vraie surprise je ne m'attendais pas a ce qu'il y en ait autant et ça rajoute au mystère : pourquoi se sont ils emmerdés à faire tout ça ??? Contrairement à ce à quoi vous vous attendiez sûrement, je n'ai pas réussi à percer a moi toute seule le mystère des lignes de Nazca...mais encore une fois j'aime bien l'idée qu'on ne sache pas, ça prouve qu'on ne sait pas tout et surtout ça laisse de la place a l'imagination. J'attends vos théories ! Les photos du vol : |