Après une journée repos-cachets à Cusco je pars pour une excursion dans la Vallée sacrée des incas qui me mènera au Macchu Picchu. Techniquement je quitte aussi à peu près Cusco puisque je ne ferais qu'y passer pour prendre mon car pour Lima. Gros coup de coeur pour cette ville mais je suis plutôt contente de la quitter et d'avoir à la quitter, elle me semble un peu "ville fatale", le genre qui a tellement tout que les voyageurs s'y perdent facilement. On va d'abord visiter les jolies ruines de Pisac où on s'attarde surtout sur l'un des temples. Notre guide a une façon simple et efficace (et rigolote) de nous expliquer la société "inca", option lutte des classes : d'un côté les oppresseurs, de l'autre les opprimés, deux classes divisées en sous catégories famille royale/cour/clergé/armée (toujours les mêmes !) pour les premiers et artisans/paysans/esclaves pour les autres. J'ai mis des guillemets à Inca parce que dans la série "le-saviez-vous-moi-pas" j'apprends qu'il s'agit d'un abus de langage des espagnols puisqu'en fait l'"Inka" c'était seulement le nom du roi. D'ailleurs le peuple inca, quelque soit le nom qu'on lui donne, n'existait pas vraiment non plus puisqu'il s'agissait d'un empire composé d'une mosaïque de cultures et de peuples conquis. Côté conquête d'ailleurs elle a été possible pour les espagnols non pas grâce a une force herculéenne des 200 pokès qui constituaient leur armée mais grâce au soutien d'environ 60 à 70 / des locaux qui les ont aidé pour se débarrasser de leurs oppresseurs, d'ailleurs parmi eux y avait le frère du roi et ça c'est pas cool je trouve ! Après Pisac et le repas direction les ruines imprononçables d'Ollantaytambo, superbe forteresse. Ça doit être la proximité du Macchu Picchu qui fait que son nom est inconnu mais c'est pas juste parce que c'est génial : toute en terrasses c'est un endroit magnifique. La visite avec le guide dure 3 petits quarts d'heure avant que le groupe reparte pour Cusco (sans moi puisque c'est de là que je prends mon train), bientôt suivi par tous les autres groupes et leurs centaines de touristes ce qui fait qu'on est plus très nombreux sur le site. Je m'y promène donc tranquillement pendant encore deux petites heures. Mais il est bientôt l'heure de prendre le train pour Aguas Calientes, la ville du Macchu Picchu. Quand j'arrive on est une petite dizaine dans le wagon couleur bois, du coup ça chuchote et l'ambiance est feutrée mais 5 minutes avant le départ il se remplit d'un coup et il y a bien sûr un groupe d'israéliens qui se charge d'arracher le feutre. Sur le chemin on croise d'autres trains et comme il fait nuit on voit l'intérieur de la première classe à l'ambiance encore plus Orient express et de la classe péruvien à la distinguée déco RER. Ça donne une impression d'apartheid très désagréable. A l'arrivée il fait toujours nuit et on ne voit rien ce qui ne fait qu'augmenter mon excitation : quelque part derrière la nuit se cache le Macchu Picchu !!! Photos de la vallée des incas : http://www.facebook.com/album.php?aid=26925&l=a06c9&id=632900368 Dimanche Réveil difficile (et toujours sans eau chaude !) à 4h en ce dimanche pour partir vers le Macchu Picchu. Mais il pleut et franchement mon âme d'aventurière a des limites, je prends donc un bus pour y monter. J'arrive dans les premiers à l'arrêt de bus mais bientôt des dizaines de touristes fébriles se mettent en rang pendant que je prends mon café. J'ai de la chance j'ai une place dans la deuxième fournée et me place donc dans les premiers de la file à l'entrée du site. Enfin jusqu'à ce qu'on m'envoie mettre mon petit sac a dos à la consigne sous prétexte que j'ai deux sacs (avec ma petite sacoche), je perds donc plusieurs dizaines de place d'autant que la consigne n'est pas ouverte, l'employé fumant tranquillement une clope ! Ça commence à me gonfler surtout quand je vois que d'autres entrent avec des sacs énormes et que personne ne vérifie le contenu de nos sacs alors que j'avais gentiment respectées les consignes données qui interdisaient bouteilles d'eau et nourriture sur le site. M'énerve.... Ceci dit je me calme une fois à l'intérieur : une brume épaisse empêche de voir a plus de 10 mètres et c'est un bon isolant face au flot de touriste. Pendant que celui-ci entame le tour des ruines, je vais directement à l'autre bout, au poste d'entrée pour l'accès au Wayna Picchu, la montagne qui domine le site. Je ne traîne pas sur le chemin mais c'est quand même bien agréable cette impression de marcher au milieu d'une esquisse. Je suis la numéro 8 (seules 400 personnes sont autorisées à monter chaque jour) et entame la montée dans le brouillard auquel se mêle maintenant une pluie fine très "home sweet home". Sur l'heure de marche prévue ça grimpe dur, presque uniquement des escaliers aux marches parfois très hautes et/ou approximatives qui sont en plus pleines de boue et donc glissantes. A chaque tournant on espère que c'est la fin mais non ça semble ne jamais devoir s'arrêter, tellement que si je voyais surgir Saint Pierre, Mahomet ou Viracocha je serais même pas étonnée. Entre la brume, l'humidité et la végétation c'est une ambiance "Gorille dans la brume" qui ne me déplaît pas, je regretterais presque qu'il n'y ait pas des branches à couper à coup de machette sur la route, ça compléterait le tableau. Après 40 minutes (c'était prévu une heure sur le papier, j'me la pète.com...), j'arrive à un plateau qui semble être la fin et là surprise y a des bâtiments ! Moi je croyais qu'on montait juste pour la vue je n'avais pas imaginé qu'il y aurait des constructions, zétaient pas biens ces gens là quand même... Côté vue sur les alentours c'est toujours le néant mais l'ambiance brumeuse est toujours aussi géniale : on distingue des silhouettes des pierres et on ne voit leur contour que quand on a le nez dessus et comme on est pas encore très nombreux au sommet ça donne une ambiance découvreurs rigolote. Mon sentiment d'avoir été changée en Indiana Jones est renforcé quand on m'envoie la première tester le tunnel qu'on suppose être le passage vers la suite. Malgré la flèche, personne n'est trop sûr que c'est le bon j'avance donc prudemment dans la brèche et me retrouve avec un pied dans une flaque d'eau mais je ressors deux mètres plus loin en me tortillant sur les quelques marches coincées entre deux parois rocheuses pour trouver en effet de nouveaux escaliers vers le sommet. Je peux alors crier aux autres "oui il y a quelque chose ici !" "Tintinlintiiiiiin tintinliin...wapa !" (bruit du fouet qui ponctue la BO d'Indiana Jones) Derrière donc, encore quelques escaliers pour arriver au vrai sommet de la montagne d'où on est censés avoir une vue magnifique. Je reste un peu puis tente le diable et feinte en redescendant d'un cran, sûre depuis Torres del Paine que le destin a décidé de me faire suer et de se moquer de moi. Ben ma ruse de sioux fonctionne : les nuages commencent à bouger ! C'est un jeu de cache-cache subtil où des bouts du Macchu Picchu apparaissent avant que les nuages ne le cachent à nouveau pour en dévoiler un autre. On dirait une strip-teaseuse au début de son show mais en moins vulgaire et ça me fait plus d'effet. ;) On attend tous, fébriles, que la fumée mystique se dissipe indiquant aux autres le morceau qu'on vient de voir apparaître. Puisqu'il ne se décide pas à se montrer complètement je feinte encore et redescend d'un cran et cette fois ça y est voilà le soleil et une vue imprenable sur la cité. Magique ! La descente, la vraie cette fois, se fait dans la bonne humeur avec une péruvienne et un couple équatorien. On rigole bien des questions de ceux qui montent enfin de LA question, toujours la même qu'elle que soit la langue dans laquelle elle est posée : "c'est encore loin ?". Au début forcément on est le messie quand on annonce "5 minutes" mais sur la fin ("vous avez même pas encore commencé") je crois que les gens nous détestent, on redevient populaires sur la fin quand on croise ceux qui viennent a peine de partir et qui sont encore tout sourire, mais là derrière leur dos on se fait sadiques, "c'est ça rigolez tant que vous respirez !" Une fois en bas je traverse les ruines au radar vers la sortie, il est déjà midi et j'ai faim ! Je mange à la cafèt du site, absolument hors de prix : par exemple une bouteille d'eau c'est 10 soles au lieu de 1 normalement. J'arrive à m'en tirer pour (quand même) 5 euros mais je suis bien contente que la brume matinale ait atténué l'effet "usine a touristes"... Je retourne sur le site à 13h, pour visiter cette fois le Macchu Picchu proprement dit. Je ne prends pas de guide d'abord parce que c'est cher mais surtout parce que je préfère rester dans l'ambiance du matin et regarder plutôt qu'apprendre. Je fais le "circuit intégral" qui commence par monter vers la "maison du gardien", le chemin part un peu à l'écart des ruines, dans un décor délicieusement "jungle spirit" et débouche d'un coup sur un plateau. Je suis propulsée d'un coup dans une image d'Epinal, je savais que c'était de cette zone qu'était prise la célèbre photo du Macchu Picchu mais ça fait quand même son petit effet. Je poursuis la montée et redescend un peu pour me retrouver d'un coup face à LA carte postale ! Je ne sais pas dans quelle mesure joue la fatigue mais la beauté de l'endroit et sans doute le simple fait d'être arrivée jusque là me tirent une petite larme. Je reste un moment assise là avant de repartir gambader tranquillement dans les ruines. Je les parcours dans tous les sens, ravie par les centaines de recoins et les vues hallucinantes et taraudée par cette même question : "qui étaient ces grands malades qui ont ordonné qu'on construise un truc pareil ici ?" Je suis pas la seule à me poser cette question cela dit puisque contrairement à ce que je pensais on ne sait pas dans quel but a été construite cette citadelle. Après 3h30 de marche (en plus de celles de ce matin) je suis épuisée et j'ai mal même aux os (oui je sais que normalement c'est pas possible mais mon système nerveux est un punk à chien de la CNT qui n'a pas pour habitude d'obéir à ce genre de règles matérialistes) mais c'était une journée fantastique. Dans le bus de retour je constate que les ruines sont visibles depuis la route et il parait que même de nuit on les aperçoit. Je me félicite encore de ce brouillard londonien qui a ménagé le suspense, le Macchu Picchu s'est dévoilé à moi par étape : il a fallu le conquérir et c'était magique du début à la fin. Y a pas à dire, l'indien dont le profil au sourire moqueur garde les lieux et ses dieux ont le sens du spectacle ! Maintenant je vais dormir 100 ans, qu'on me réveille quand on aura trouvées la solution à toutes les énigmes du Macchu Picchu. Photos du Macchu Picchu (euh j'ai un peu mitraillé je crois) : http://www.facebook.com/album.php?aid=26926&l=50bdd&id=632900368 http://www.facebook.com/album.php?aid=27009&l=ad449&id=632900368 http://www.facebook.com/album.php?aid=27014&l=373c8&id=632900368 |